L’ère numérique et le péril doxocrate [note de lecture]

Pubié le 10 February 2015   Par Michel Corbeil   Catégories : Gestion d'enjeux, Gestion de la réputation

À l’heure où la glorification de l’actuel et de l’immédiateté réduit la durée à « une succession d’instants »1 et change « hier » en de l’histoire ancienne, il n’est pas inutile de retourner à certains textes dont le mérite n’est « pas tant [de] donner des idées que [de] donner à penser »2.

Par exemple, une chronique lumineuse de l’inspiré et inspirant Jean-Jacques Streliski faisant écho à des propos du journaliste et essayiste français Jacques Julliard sur « la doxocratie ».

Du grec « doxa » (l’opinion) et « kratos » (l’autorité, le pouvoir), « doxocratie » est un terme dont la paternité a été attribuée à l’ancien directeur délégué de l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur. Selon lui, « le règne de l’opinion qui privilégie le consensus et donc le nivellement par le bas » est responsable du fait que « l’émotion a pris le pas sur la raison, l’exercice de la communication sur la chose communiquée ».3

Dans la même veine, Streliski rappelait que « nous évoluons désormais sous le joug de la doxocratie, un » egosystème » où chacun s’exprime à la vitesse de l’éclair, donc sans recul et suivant l’humeur du moment »4.

La raison? La façon contemporaine de consommer les médias avec Internet qui exacerbe la boulimie d’actualité dans un contexte où le spectacle des nouvelles s’avère plus important que les nouvelles elles-mêmes. Mises en ligne dans les sites web des médias traditionnels, puis « reprises par les médias sociaux, jusqu’à saturation, sans véritable tri, ni hiérarchisation », leur intérêt dépend de la réponse à LA question : en a-t-on parlé?

Il importe peu que « les commentaires les plus pertinents se noient dans une suite d’ » internades » aussi loufoques que désobligeantes à bien des égards ». Il est sans importance qu’un manque de perspective et de jugement débouche sur « un défouloir compulsif [de] cynismes exacerbés et [de] frustrations multiples ».

Sans contester la puissance du web comme outil de démocratisation de l’opinion, Streliski s’interrogeait sur la distance séparant désormais « le pouvoir du peuple du pouvoir du populisme, […] la démocratie de l’idiocratie ».

La réflexion ainsi proposée a d’indéniables vertus. Celle d’être en mesure d’évaluer le degré d’intoxication collective face aux discours vertueux de professionnels patentés de l’industrie de la contestation tous azimuts. Celle aussi d’apprendre à s’immuniser contre les débordements d’un activisme généreux de réquisitoires, mais avare de comptes à rendre. Et, ultimement, celle d’être à l’abri de ce glissement dangereux que constituent le péril doxocrate et son corollaire : le consensus incessant, l’inertie perpétuelle.

Chez Groupe GVM notre approche globale (360o) permet d’identifier les facteurs clés de succès des changements que vous souhaitez ou des projets que vous planifiez, de sorte qu’ils puissent se matérialiser avec les stratégies les plus appropriées et les moyens les plus efficients. Sur le terrain numérique, la prise en compte du péril doxocrate fait partie intégrante de notre approche.

Références

1 PELLETIER, Jean-Jacques. 2012, Les taupes frénétiques – La montée aux extrêmes, Montréal, Éditions Hurtubise inc., p. 433
2 Ibid., p. 451
3 DE TILLY, Marine, 2010, « Que sont les grands hommes devenus? », Le Point (18 octobre)
4 STRELISKI, Jean-Jacques, 2011, « Questions d’image – Un été 2.011 », Le Devoir (19 septembre)






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